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Les Tunisiens et la fripe

Des scènes d'attroupements monstres autour des étalages de fripes, cela est devenu on ne peut plus banal dans de nombreux coins de Tunis qui hébergent ce genre d'activités en passe de damer le pion aux prestigieux articles exposés en vitrine.



C'est que ce commerce juteux, qui emploie quelque 80 mille personnes, est en train de bouleverser le comportement vestimentaire du Tunisien qui n'hésite plus à se ruer sur la friperie. Et ce, d'autant plus qu'il y trouve, à merveille, son compte à des prix défiant généralement toute concurrence.

En visitant les friperies de Mellasine, Mannouba, Hafsia, sans compter cette kyrielle de petits commerces qui prolifèrent à vue d'œil, l'on ne peut rester indifférent face à ce véritable capharnaüm. De la chemise au pantalon, en passant par les manteaux, les blousons, les chaussures, les chaussettes, les bonnets, les pulls, les sacs, les cache-col et tutti quanti, les articles exposés à la vente s'étalent à perte de vue et restent à la portée de toutes les bourses.

Les produits de la fripe qui proviennent essentiellement de pays d'Europe (Italie, France, Allemagne, Suisse) et des USA, par le biais du port de Radès, représentent environ 12 % du marché tunisien de l'habillement.

Il existe à l'échelle nationale 47 entrepôts de douane chargés de l'importation et de la distribution auprès de grossistes représentés par gouvernorats, et ce, suivant des quotas bien stricts essentiellement régis par le ministère du Commerce et de l'Artisanat. Derrière ce commerce se trouve même un syndicat, à savoir la Chambre syndicale nationale des grossistes de la fripe. Son président, M. Attia Samir, en homme rompu aux arcanes de la chose, estime que l'on doit désormais compter avec ce commerce qui a le vent en poupe et implique la quasi-totalité des couches socioprofessionnelles.

Minutieusement soumises à une opération de tri, ces marchandises sont disposées en balles (ou ballots) de 40 à 45 kg l'unité suivant la nature du vêtement. Le prix de vente de la balle varie de 40 à 200 dinars en fonction du contenu. Ainsi, une balle de sous-vêtements renfermant 500 à 600 pièces coûte entre 100 et 120 dinars, alors qu'une balle de chemises censée contenir entre 150 et 200 pièces vaut entre 150 et 200 dinars.
Une fois les balles acquises, libre aux détaillants de fixer leurs tarifs.

Seul hic, le commerce des articles en cuir et les jouets n'est pas autorisé par le ministère quand bien même le marché en regorgerait à tire-larigot. Aussi, les grossistes sont rigoureusement repartis entre les gouvernorats, à l'extérieur desquels ils ne peuvent écouler leurs marchandises.

Le syndicat, par le biais de M. Attia, déplore ces contraintes et souhaite que le ministère permette aux entrepôts de vendre, ne serait-ce qu'un pourcentage limité, ces articles (surtout les chaussures).

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